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La baisse du taux du Livret A marque un tournant pour l’épargne
La baisse du taux du Livret A à 1,70 % depuis le 1er août 2025 marque un tournant pour l’épargne des Français. Longtemps considéré comme le placement refuge par excellence, ce produit réglementé voit son attractivité s’éroder.
Moins rémunérateur, plafonné et désormais faiblement protecteur face à l’inflation, il incite les ménages à réorienter une partie de leur épargne. Premier bénéficiaire de ce mouvement : l’assurance-vie, qui retrouve une dynamique portée par le retour en grâce des fonds en euros et par la souplesse de son cadre fiscal.
Le Livret A en perte de vitesse
La correction est brutale. En passant de 2,40 % à 1,70 %, le taux du Livret A enregistre sa plus forte baisse depuis quinze ans. L’impact sur la collecte est immédiat : 10,14 milliards d’euros au premier semestre 2024, contre seulement 2,97 milliards sur la même période en 2025.
Si les Français continuent d’en apprécier la simplicité, la disponibilité totale et la sécurité, la combinaison d’une rémunération en net recul et d’un plafond fixé à 22 950 euros réduit son rôle à celui d’une épargne de précaution, bien loin d’un outil de valorisation du capital.
Une épargne abondante, mais inquiète
Ce reflux intervient dans un contexte paradoxal. La France conserve l’un des taux d’épargne les plus élevés de la zone euro, autour de 18 %, contre 15,3 % en moyenne européenne. Cette accumulation d’épargne traduit moins une confiance retrouvée qu’une prudence persistante, alimentée par les incertitudes économiques, les inquiétudes sur les finances publiques et les interrogations autour du financement des retraites. Mais cette épargne, désormais abondante, cherche des relais de rendement.
L’assurance-vie capte le redéploiement
Dans ce contexte, l’assurance-vie s’impose comme une alternative crédible. Avec plus de 2 028 milliards d’euros d’encours, elle confirme son statut de pilier patrimonial. Sa collecte nette a doublé en un an, pour atteindre près de 5 milliards d’euros au premier semestre 2025. Ce regain d’intérêt s’explique par un arbitrage naturel : la baisse d’attractivité des placements réglementés pousse les épargnants vers des solutions plus flexibles, capables de conjuguer sécurité, rendement et durée.
Les fonds en euros renouent avec un rendement compétitif
Longtemps pénalisés par la période de taux bas, les fonds en euros retrouvent progressivement des couleurs. En 2021, leur rendement moyen s’établissait à 1,3 %, inférieur à une inflation de 1,6 %, ce qui se traduisait par une légère perte en termes réels. En 2022, la situation s’est nettement dégradée : les fonds en euros ont servi 1,9 % en moyenne, alors que l’inflation bondissait à 5,2 %, amputant fortement le pouvoir d’achat de l’épargne sécurisée.
L’année 2023 marque un premier rééquilibrage. Malgré une inflation encore élevée à 4,9 %, le rendement moyen des fonds en euros est remonté à 2,6 %, limitant progressivement l’érosion réelle. En 2024, le contexte devient plus favorable : avec une inflation ramenée à 2 % et un rendement moyen de 2,5 %, les fonds en euros ont quasiment neutralisé l’effet de la hausse des prix, retrouvant une situation proche de l’équilibre réel, voire légèrement positive pour les contrats les mieux servis.
Une fiscalité différée plus lisible à long terme
Certes, l’assurance-vie ne bénéficie pas de l’exonération totale attachée au Livret A. Mais son régime fiscal reste attractif dans une logique de long terme. Tant qu’aucun rachat n’est effectué, les gains ne sont pas imposés. Au-delà de huit ans, les retraits bénéficient d’un abattement annuel sur les gains et d’un taux d’imposition réduit. Une fiscalité plus technique, mais largement compensée par l’absence de plafond de versement et par le potentiel de rendement.
À mesure que le Livret A perd son statut de placement par défaut, l’assurance-vie reprend celui de pilier central de l’épargne des Français, plus exigeant sur le plan technique, mais plus efficace dans la durée.

